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Pourquoi l'assurance de récoltes doit se réinventer

Pourquoi l'assurance de récoltes doit se réinventer

Après les gelées d'avril qui ont ravagé les vignobles et cultures françaises, les appels à une réforme de l'assurance des récoltes ont redoublé. Cette assurance peine à convaincre les agriculteurs. Les assureurs ne s'y retrouvent pas non plus.

Par Solenn Poullennec, journaliste Les Echos

 

Les gelées d'avril ont fait des ravages dans ses vergers de la Drôme, mais David Julien n'est pas complètement démuni. Il peut compter sur l'assurance protégeant ses récoltes contre les aléas climatiques pour l'aider. « Je ne peux pas cracher dans la soupe », dit-il. Les discussions avec son assureur, Pacifica, se sont bien passées jusqu'à présent. « L'année dernière, j'ai été très bien indemnisé [pour des dégâts déjà provoqués par le gel] par rapport à mon niveau de cotisation », ajoute-t-il.

L'arboriculteur n'est pourtant pas certain de le rester encore longtemps. Compte tenu du fonctionnement de l'assurance des récoltes, « si les mauvaises années s'enchaînent, cela ne vaudra pas le coup que je m'assure », estime le producteur de cerises, pêches, nectarines et abricots qui a mis sur la table « un gros budget » - 80.000 euros hors subventions l'an dernier - pour protéger son exploitation de 40 hectares contre les mauvais tours du climat.

Voué à disparaître 

« Le système d'assurance est à revoir par rapport au changement climatique », diagnostique-t-il. « Comme il est, il est voué à disparaître. » L'homme est loin d'être le seul à dresser ce constat. Après que les gelées d'avril ont provoqué ce que le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, a qualifié de « plus grande catastrophe agricole de ce début de XXIème siècle », l'exécutif a annoncé une aide d'un milliard d'euros et demandé « d'accélérer les travaux dé réformes de l'assurance récolte ». Une nécessité sur laquelle s'accordent des agriculteurs, des assureurs et des politiques.

Entre le marteau et l'enclume

« La donne a profondément changé. Il est devenu nécessaire de prendre des décisions longtemps différées pour adapter les dispositifs existants à ce que doit affronter le secteur agricole dans les années, voire les décennies à venir », écrit ainsi le député Frédéric Descrozaille, dans un rapport remis à la fin du mois d'avril au ministre de l'Agriculture. Fruit de travaux menés depuis 2019, celui-ci propose plusieurs pistes d'évolutions de l'assurance et des aides d'État à l'agriculture

S'il est urgent d'agir, selon le député, c'est que les agriculteurs sont aujourd'hui pris entre le marteau et l'enclume. D'un côté, les « exigences sociétales » en faveur d'une agriculture plus écologique, « enjoignent à une transformation voire une mutation ». De l'autre, les dernières années ont vu se multiplier les épisodes de sécheresse, de gelées ou encore de surabondance d'eau. Dérèglement climatique oblige, les menaces sur les récoltes s'accumulent et, en l'état, l'assurance ne semble pas en mesure de bien amortir tous les chocs subis. 

D'abord parce que les agriculteurs souscrivent peu à une assurance jugée souvent chère en dépit des subventions. Seules 30 % des surfaces cultivées sont couvertes par un contrat multirisques climatique, selon la Fédération française de l'assurance (FFA). Et en arboriculture, le taux tombe à 3 %. « Je préfère investir dans des filets anti-grêle, des bougies ou autres... qui protègent beaucoup plus directement qu'une assurance, explique Sylvain Laprat, un arboriculteur de l'Ardèche. Pour moi les assurances, cela ne sert strictement à rien. »

Les assureurs ne se satisfont pas de cette situation. « Les assureurs souhaitent une réforme globale du régime, pour inciter davantage les agriculteurs à s'assurer », explique Franck Le Vallois, le directeur général de la FFA.

En l'état, les professionnels disent ne pas s'y retrouver financièrement, compte tenu de la fréquence des aléas climatiques et de l'ampleur des sinistres. « Depuis 2005, date du lancement de l'assurance multirisques climatique, le rapport entre les sinistres et les cotisations est de 104 % », insiste Jean-Michel Geeraert, directeur du marché de l'agriculture de Pacifica, filiale de Crédit Agricole Assurances.

Autrement dit, les assureurs versent plus d'argent aux agriculteurs qu'ils n'en reçoivent d'eux sachant qu'ils ont d'autres coûts par ailleurs ( réassurance, gestions, etc). Or, « avec l'événement que nous allons gérer à nouveau cette année, [ce ratio] va encore augmenter, poursuit Jean-Michel Geeraert. 81 % de nos viticulteurs nous ont adressé une déclaration de sinistre. C'est énorme ! »

Cette situation laisse attendre des augmentations de tarifs. « Cela fait déjà quelques années que l'ensemble du marché est sur une orientation de hausses tarifaires », reconnaît Delphine Létendard, directrice marché agricole chez l'assureur Groupama. Et 2021 commence sur de très mauvaises bases.

Le groupe s'attend à ce que le gel du printemps lui coûte « plus de 100 millions d'euros ». De quoi lui donner un sentiment d'urgence. « Il faut aller le plus vite possible » sur une réforme du système, déclare François Schmitt, président délégué de Groupama.

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