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La vigne contrainte de se réinventer

La vigne contrainte de se réinventer

Les chercheurs multiplient les travaux pour mettre au point de nouvelles variétés de vignes. Elles doivent résister aux maladies qui ne sont plus traitées par les pesticides interdits mais aussi faire face aux excès climatiques et aux attentes des consommateurs, en partie imprévisibles.

Par Marie-Josée Cougard, journaliste Les Echos

A l'heure où les terrasses des bars et restaurants rouvrent, pour le plaisir des amateurs d'un petit verre de vin, blanc, rouge ou rosé à l'heure de l'apéro, les scientifiques et les ingénieurs de l'Institut national de la recherche agronomique et de l'environnement (INRAE) et de l'Institut Français de la vigne (IFV) sont confrontés à un véritable casse-tête. A savoir comment adapter les vignobles de l'Hexagone aux contraintes climatiques et à l'évolution des comportements de consommation ?

« Le consommateur de vin ne sera pas le même dans vingt ans. Qui sait quelles seront alors ses exigences ? », s'interroge ainsi le directeur scientifique de l'agriculture à l'INRAE, Christian Huyghe. Jamais, sans doute, les comportements d'achats alimentaires n'ont changé aussi vite. Comment donc anticiper sur ce que seront les attentes à cet horizon ?

En outre, les chercheurs doivent aussi prendre en compte le réchauffement climatique, qui s'accélère et dont personne ne maîtrise vraiment les évolutions. Les offensives du gel, les épisodes récurrents de sécheresse, les inondations sont autant de défis qui échappent aux modélisations. Sans compter les maladies émergentes et les moisissures (oïdium, mildiou), qui ne pourront plus être traitées par les pesticides interdits ou en passe de l'être.

En clair, le temps presse. Et tous les vignobles sont concernés. Certains cépages, comme le merlot dans le Bordelais, sont même menacés. Les virus tels que le "Court-noué" ou le "Black-rot" font dépérir la vigne. Ce qui se traduit, très concrètement, par "une baisse de rendement de 9 hectolitres à l'hectare depuis vingt ans, et une perte de longévité de la vigne", pointe Loïc Le Cunff, ingénieur de l'Institut de la Vigne et du Vin. Quand on sait qu'il faut cinq ans à une nouvelle vigne pour entrer en production, on a une petite idée des pertes économiques engendrées dans un secteur emblématique de la France.

Au total, quarante équipes de l'Inrae sont mobilisées sur ces questions avec une douzaine de l'IFV. Les réponses sont multiples. "L'innovation variétale en est une, mais ce n'est pas la seule", explique le président de l'Inrae, Philippe Mauguin. L'agronomie, le mode de conduite de la vigne, les itinéraires techniques, les relocalisations de la vigne à l'échelle d'un même terroir en sont autant d'autres. Il faudra également jouer sur "la hauteur de la vigne et la taille."

Variétés grecques, marocaines et libanaises

C'est donc toute une série de méthodes, combinant de nouvelles variétés et des techniques qui permettront aux vignerons de "faire du vin de qualité avec beaucoup moins de pesticides à horizon 2035", ajoute-t-il. Mais, prévient Philippe Mauguin, "ceux qui sont aujourd'hui les meilleurs terroirs ne le seront plus forcément demain."

Le travail de l'Inrae avec l'IFV sur les variétés a commencé dès les années 1990. Les collaborations à l'international se multiplient. On s'intéresse aux variétés étrangères, notamment les grecques, connues pour potentiel face à la chaleur et à la sècheresse. Elles encaissent mieux le stress hydrique. Les deux instituts collaborent aussi avec le Maroc et le Liban afin de pouvoir mettre leurs variétés à disposition des vignerons français en temps et en heure.

La difficulté est de limiter l'accumulation du sucre sous l'effet de la chaleur, qui fait des vins sirupeux, alors que la fraîcheur est une composante de plus en plus appréciée. Il importe de préserver l'acidité, de protéger les polyphénols qui donnent les arômes. Les chercheurs puisent aussi dans l'extraordinaire conservatoire dont dispose la France, d'où ils ressortent des cépages oubliés à remettre au goût du jour.

"Il faut 18 ans pour créer une nouvelle variété", rappelle Christian Huyghe. Dans la vigne, rien ne se crée dans l'instant.

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